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Copilote de rallye sur Alpine 1600 S par Valerie CLOSIER

30 secondes

D90 pour G85 et G80

15 secondes

« Ok papa ? , je répète, tu as d’abord un D90 pour un G85 » (en lui faisant les gestes avec la main!)

Le moteur ronfle .

5 – 4 – 3 – 2 – 1 –

Ca y est, il lâche le frein et c’est parti, la saison 2004 démarre !

Oublié le cœur qui bat à toute allure au dernier CH (contrôle horaire), oublié la « petite envie pressante » qui arrive toujours au dernier pointage, trac et tension du départ oblige, je me plonge dans mes notes et j’annonce.

Je sens la voiture qui glisse un peu, je relève la tête de temps en temps pour voir où j’en suis et me dis qu’heureusement qu’il y a des freins car en face c’est le vide après un G70 !

Puis le rythme s’accélère, je vis L’ES (épreuve spéciale), je vis les notes alors mon ton augmente, je parle de plus en plus fort surtout que je dois annoncer une note que j’ai souligné en NOIR plusieurs fois : une épingle D 40 au stop. Donc j’insiste sur cette note car on arrive vite dessus et je relève la tête pour voir que le stop est à moins de 30 mètres ! Et là, je sens papa qui accélère…il n’a pas dû entendre ! alors je lui redis la note un ton au dessus, donc autant dire que je hurle « D 40 là » en pointant du doigt !

L’épingle est sale alors tout de suite je replonge le nez dans mon cahier pour ne pas voir si ça passe ou non, n’est-ce pas ThomasDupasquier ! Comme ça la note suivante n’arrive pas trop tard ! (réflexe pris après une mauvaise expérience un certain Mâcon 2003…)

Mais c’est alors que je sens la voiture qui glisse, elle ne tourne pas et va tout droit dans les rubalises, alors papa freine très fort… (je n’ai pas peur, j’ai une entière confiance en mon pilote !) La voiture s’arrête et cale, obligé de remettre en route, de passer la marche arrière et c’est reparti ! D’ailleurs dans le casque je lui dis « Ok c’est bon, allez ! » pour retrouver ma concentration et lui redonner du punch !

Si la spéciale est longue comme Marchampt (Lyon Charbo) ou Collobrières (Var), il y a toujours un moment où j’essaye de me reposer la voix, de retrouver un peu de salive et surtout de soulager les tympans de mon pilote ! C’est généralement à un moment où je dois annoncer des longues allonges avec des virages « insignifiants » du genre « 200 mètres, Di (Droite insignifiant) 150 mètres GAF (Gauche à fond) 100 mètres… »

Petite anecdote à ce sujet, imaginez Collobrières la nuit, 32 km, donc environ 25 minutes à annoncer les notes et là, panne de micro dans la Berlinette ! Je dois donc hurler les notes dans la voiture dont le bruit du moteur ne risque pas de passer inaperçu…Autant vous dire tout de suite qu’à l’arrivée, il faut prévoir les packs d’eau et les pastilles contre le mal de gorge ! De plus, pour que le pilote n’ait aucun doute sur les D et les G, je lui fais des gestes avec les mains pour lui montrer la direction….Il y a de l’ambiance dans la voiture et la place de copilote, je vous le dis, n’est pas de tout repos !

Il m’est aussi arrivée de regarder papa en spéciale. Je le vois concentré, rouge de chaleur et quelques fois en apnée, j’ai envie de lui dire « n’oublie pas de respirer ! »

Puis arrive le panneau rouge qui signale l’arrivée. On se regarde, on enlève les casques car il fait vraiment très chaud là dessous ! et je lui donne mes impressions : « t’as été vite sur la fin, c’était super glissant dans le sous les bois, je pense que t’as fait mieux que dans le 1er passage… » puis j’ouvre ma vitre pour donner mon carnet au CH tout en essayant de glaner quelques infos sur les temps de nos principaux concurrents et ça donne « on lui en as mis 10 » ou certaines fois c’est l’inverse, moins drôle !!

A la sortie de l’ES, la voiture ayant un peu souffert, elle commence à faire des bruits bizarres et là mon baromètre, c’est papa : S’il ne fait pas de grimaces, je me dis que c’est normal, surtout pour une voiture de son âge ! ( et dire qu’elle n’a qu’1 an de plus que moi !!!!) par contre s’il fait la grimace, là mon cœur commence à battre et je m’inquiète.

Au Lyon Charbonnière par exemple, la Berlinette s’est mise à faire un bruit d’enfer quand papa freinait. Il y avait de quoi faire la grimace, en démontant la roue avant droite, à l’assistance, le disque de frein était complètement fendu…Je l’avais dit à papa « je le sens, ça doit être un problème à la DD ! »( André Mocellin a déjà couru la spéciale du Burzet en Ardèche avec un disque de frein fendu .ndlr )

Alors mon esprit a été à 100 à l’heure et je me dis « pour une fois qu’il y a 10 alpines au départ, c’est pas possible qu’il n’y ait pas au moins un disque de frein de rechange ! » et me voilà à courir partout dans le parc, avec la pression du chrono qui me dit qu’il ne me reste que 15 minutes, pour enfin trouver dans le fond d’un camion du club alpine du 42, notre disque sauveur !

L’assistance « d’usine » fait un travail remarquable dans un temps record et c’est reparti, la course peut continuer.

Cependant, l’assistance, lorsque les problèmes techniques et mécaniques sont absents, est l’occasion surtout de se restaurer dans une ambiance très agréable. Maman nous attend avec la table « dressée » : rillettes, saucissons, escalopes panées, vin rouge, vin blanc, gâteau au chocolat de « FOLIE »…digne d'un 3 étoiles ! D’ailleurs, les équipages « concurrents » apprécient beaucoup de s’installer à côté de notre assistance !

Dans les rallyes, il y aussi quelques temps morts, alors on en profite pour aller voir les autres copilotes et pilotes et discuter de leurs impressions sur la route, l’état de leur voiture, leurs temps….L’ambiance est très conviviale, on rigole bien tout en gardant un esprit de compétition ! Ou même parfois, pour cause de sortie de route d’un moderne dans une spéciale, on doit la faire en liaison. C’est-à-dire que l’on part toutes les minutes comme d’habitude mais nous ne mettons pas nos casques et nous ne devons pas rouler trop vite, donc on en profite pour corriger les notes pour le prochain passage dans cette même portion.

Et enfin, le plaisir suprême, c’est lorsque je vois les kms diminuer pour arriver au podium de fin. Je me dis que s’il arrive un problème mécanique maintenant, je peux pousser la voiture sur les 2 kms qui restent ! mais la Berlinette arrive toute seule au podium et j’embrasse papa pour le remercier d’avoir fait une si belle course et de m’avoir permis, une fois de plus, de ressentir des émotions uniques et des sensations de vitesse et de glisse extraordinaires !

Merci papounet…

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